Chronic City, de Jonathan Lethem, n’est pas un roman du 11 septembre 2001. Certes, le roman se déroule dans un New York du nouveau millénaire, et ses personnages explorent la ville, allant de l’Upper East Side au Lower Manhattan de l’Hôtel de Ville. À aucun moment l’auteur mentionne ce jour, ni même ses traits marquants : aucun feu, aucun avion, aucune tour ne sont évoqués dans ce roman. Pourtant, il se passe quelque chose dans la littérature du 11 septembre avec Chronic City. Peut-être est-ce le résultat du lecteur qui cherche dans le roman new-yorkais les traces des attentats de 2001. Déjà, avec Let the Great World Spin, Colum McCann explorait la figure de l’équilibriste Philippe Petit, célèbre pour avoir marché entre les deux tours, en 1974, orientant le regard vers les tours en misant sur la nostalgie d’une époque révolue, celle où les évoquer ne revenait pas à parler de leur destruction. Chronic City devient quant à lui un roman du 11 septembre précisément par les détours qu’il prend pour ne pas nommer le 11 septembre, pour en contourner les figures.
Direct est le troisième livre d’un tryptique (In Situ (1999), Shot (2000)) portant sur le rapport à l’image et sur le traitement de l’information par les médias. Le texte part des flash infos diffusés à la télévision lors des attentats du 11 septembre 2001 à New York. Il consiste en un montage de prélèvements des énoncés journalistiques et des témoignages diffusés ce jour-là à la télévision, « remixés » et peu à peu recomposés par un travail de détournement d’auteur.
Le projet de Here is New York, né au lendemain des attentats, témoigne du besoin d'images ressenti par les Américains mais également plus largement par les Occidentaux à la suite des attentats. Les instigateurs du projet ont recueili, numérisé, imprimé et affiché quelques 5000 photographies des attentats contre le World Trade Center, photographies issues, sans distinction, de photographes amateurs et de photo-journalistes. Le livre regroupe environ 1000 de ces photos et il est impossible de le séparer du projet initial. Qu'il y ait eu dès les premiers instants des événements ce recours à la photographie parce qu'il ne fallait pas ne pas prendre cette photographie, ne pas témoigner de ce qui était vu et donc du rôle (même mineur, en tant que témoin) joué par le photographe, s'inscrit dans une pensée sensationnaliste de l'événement et du témoignage qui a pour effet de magnifier à la fois l'effet traumatique de la destruction et sa "beauté" esthétique.
Fasciné par sa propre mutation, par un mystérieux morcellement du moi, par ses ambivalences mais aussi par ses convictions profondes, Ian MacEwan étudie en une investigation très fine ce qui apparaît consumé et ce qui subsiste de valeurs éthiques, de respect et d’humanité dans un cheminement personnel soudain en crise. Crise sociale, intelligibilité d’un réel qui bouge et change, conscience de ces transformations, sensation d’un monde perdu, d’un passage dangereux, d’un moment de transition et d’affrontement, crépuscule et déclin d’un système de valeurs et d’une certaine éthique, nostalgie sans illusions, toutes ces directions narratives apparaissent discutées, questionnées et retournées avec un art du récit exemplaire. À ce questionnement foisonnant, l’auteur ne répond pas toujours, ou parfois renvoie dos à dos des réponses contradictoires (notamment au sujet de l’envahissement l’Irak) d’où surgissent de nouvelles possibilités d’interprétation, une forme de pensée qui dénonce les manques et les facilités. Beau roman, un peu long, un peu lent, ambigu, avec une écriture subtile et raffinée et qui pose intelligemment de bonnes questions.