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21 octobre 2009

The Kite Runner

Par Annie Dulong

Avec The Kite Runner, Khaled Hosseini tisse un roman d'initiation puisant sa force dans l'histoire tragique de l'Afghanistan. Le personnage principal, Amir, suivra un parcours en boucle le ramenant presque malgré lui dans la ville de son enfance.Il devra y affronter les fantômes de son passé, et peut-être exaucer le souhait de son ami Rahim Khan : « There is a way to be good again. » (page 2)The Kite Runner n'est pas un roman sur le 11 septembre. Le 11 septembre n'y occupe pas même une place significative. Le roman ne manque toutefois pas d'apporter sa contribution au processus de fictionnalisation du 11 septembre par l'entremise de sa représentation de l'Afghanistan.Pour lire le compte rendu de Jean-François Legault, cliquer ici

1 décembre 2007

Putain, c'est la guerre!

Par Patrick Tillard

 Poétique est un mot insuffisant pour caractériser la force corrosive et pétillante de Putain, c’est la guerre! Ce petit livre renouvelle le plaisir subversif et la richesse allusive de l’ironie dans un milieu social et idéologique américain qui en avait bien besoin à partir de 2001. Écrites et dessinées dans le contexte du choc qui a suivi les attentats contre les tours du World Trade Center de Manhattan, ces bandes commentent « in vivo » la prolifération et les pièges des discours définitifs de l’équipe politique au pouvoir aux États-Unis, que ce soient les lois sécuritaires, les retombées de la lutte contre le terrorisme, les absurdités et les énigmes des nouvelles lois répressives, ainsi que l’ensemble des « lessivages » de cerveau. Le refus de la « lobotomisation », lorsqu’il se tourne, comme ici, vers ces ennemis que sont les discours politiques et le matraquage idéologique, se préoccupe de ce qui, dans leur puissante efficacité, dupe leurs victimes.

28 juillet 2010

Chronic City, de Jonathan Lethem

Par Annie Dulong

 Chronic City, de Jonathan Lethem, n’est pas un roman du 11 septembre 2001. Certes, le roman se déroule dans un New York du nouveau millénaire, et ses personnages explorent la ville, allant de l’Upper East Side au Lower Manhattan de l’Hôtel de Ville. À aucun moment l’auteur mentionne ce jour, ni même ses traits marquants : aucun feu, aucun avion, aucune tour ne sont évoqués dans ce roman. Pourtant, il se passe quelque chose dans la littérature du 11 septembre avec Chronic City. Peut-être est-ce le résultat du lecteur qui cherche dans le roman new-yorkais les traces des attentats de 2001. Déjà, avec Let the Great World Spin,  Colum McCann explorait la figure de l’équilibriste Philippe Petit, célèbre pour avoir marché entre les deux tours, en 1974, orientant le regard vers les tours en misant sur la nostalgie d’une époque révolue, celle où les évoquer ne revenait pas à parler de leur destruction. Chronic City devient quant à lui un roman du 11 septembre précisément par les détours qu’il prend pour ne pas nommer le 11 septembre, pour en contourner les figures.

1 décembre 2007

World Trade Angels, de Fabrice Colin et Laurent Cilluffo

Par Patrick Tillard

 Dans cette bande dessinée, le traitement de l’illustration, froid et quasi mécanique, donne paradoxalement à la perte de repères subie par son héros, Stanley Miller, une grande proximité émotive. Placé du côté de ceux qui ont perdu un ou plusieurs proches, ce récit permet d’approcher l’au-delà de la perte, de dessiner les dommages de ce qui s’est perdu à jamais le 11 septembre 2001 lorsqu’un être aimé disparaît.

Coincé dans le labyrinthe de souvenirs qui le déportent vers ceux qu’il a perdus, Stanley, de dérivation en dérivation, perd son travail, perd son appartement, puis se clochardise. Le traumatisme est impossible à dépasser. Il lui faut devenir ange lui-même afin de rejoindre le passé et ceux qui l’habiteront toujours. Devant le pont de Brooklyn, les abscisses se mêlent, s’enchevêtrent jusqu’à tracer une ligne d’horizon. C’est sur cette ligne que Stanley Middle pose ses pas, court, côtoie l’abîme.

Pour voir le compte rendu: http://lmp.uqam.ca/compte-rendu/143

19 avril 2010

Fictions et images du 11 septembre 2001

Par Annie Dulong

Par leur force et leur caractère photogénique d’événement-image, les attentats du 11 septembre 2001 se sont gravés dans notre conscience, voire notre imagination. Depuis ils s’imposent comme fait incontournable. Déjà vieux de neuf ans, ils ne cessent d’être réactualisés et leur impact est décisif dans les sphères politique, sociale et culturelle. Ils sont au cœur de l’imaginaire  contemporain, comme un mythe qui en serait l’origine. Les articles de ce collectif explorent, à travers un ensemble varié d’œuvres, l’arc entier des représentations de ces attentats, depuis les premières entreprises de reconstruction symbolique jusqu’aux œuvres les plus récentes qui mettent en scène les principales figures de cet imaginaire.


Avec des textes de Jean-François Chassay, Christiane Connan-Pintado, Christelle Crumière, Annie Dulong, Bertrand Gervais, Éric Giraud, Jean-Philippe Gravel, Françoise Heulot-Petit, Louise Lachapelle, Aurélie Lagadec, Charles-Philippe Laperrière, Patrick Tillard, Isabelle Vanquaethem et Nicolas Xanthos.

1 décembre 2007

La Jubilation des hasards, de Christian Garcin

Par Patrick Tillard

 Partagé en deux parties, ce roman, après une improbable rencontre à Marseille et la révélation d’un secret quasi métaphysique, se continue à New York où Eugenio, le héros du roman, est censé effectué un reportage sur l’après-11 septembre. De rencontres professionnelles prévues à d’autres totalement hasardeuses qui finissent par se recouper, l’auteur explore un New York décadent, peuplé de ruines idéologiques, de personnages décalés, d’ombres felliniennes, une ville mouvante dont le décor évoque la Rome néronienne. Entre deux rencontres de témoins de l’attaque du 11 septembre, puis une visite obligée à Ground Zero, Eugenio livre ses réflexions sur le 11 septembre et l’exploitation commerciale qui en est faite. Son approche iconoclaste de l’événement, approche qui ne sombre ni dans le pathos ni dans la critique à tous crins, pose des questions plutôt qu’elle ne propose de réponses cuites et recuites. Le récit maintient toujours une certaine distance avec ses thèmes, comme si l’auteur «était absent au monde».

1 décembre 2007

« Les mutants », Joyce Carol Oates

Par Patrick Tillard

Dans cette nouvelle du recueil Vous ne me connaissez pas, Oates met en scène un personnage féminin confronté aux conséquences des attentats de septembre 2001 sur le bas Manhattan. Après le départ de son fiancé, elle part faire une course lorsqu’elle aperçoit un avion de ligne qui vole anormalement bas, avant d’entendre une explosion gigantesque. Paniquée elle court vers son appartement comme vers un refuge où elle pourrait être protégée, en sécurité.

Mais c’est au contraire dans ce sanctuaire qui va devenir un antre à la sécurité douteuse que cette belle jeune femme va être obligée de réapprendre à survivre, totalement seule, assaillie par un épais nuage de poussière et de cendres, en découvrant ce que peut être une solitude totale. Téléphone muet, radio silencieuse, électricité absente, elle oscille entre un retour à l’animalité et les gestes que lui dicte son instinct de survie. Sans rien savoir de ce qui s’était réellement passé, imaginant une attaque brutale, puis une guerre chimique ou un incendie, ou pire encore l’enfer répandu sur la terre, la ville de New York rasée, brûlée, elle se transforme peu à peu pendant les quelques heures que vont durer son enfermement dans son appartement. Elle sait qu’elle se transforme en autre chose que cette jeune femme sereine et innocente du matin même. Quelqu’un est en train de naître d’apparaître « une mutante préparée à survivre ».

Pour voir le compte rendu: http://lmp.uqam.ca/compte-rendu/137

12 août 2010

Logiques de l'imaginaire

Par Annie Dulong

Le professeur Bertrand Gervais, directeur du Lower Manhattan Project, a achevé en 2009 sa trilogie d'essais sur l'imaginaire. Logiques de l'imaginaire explore en trois tomes les manifestations de l'imaginaire, de même que leurs modes de déploiement, s'appuyant sur les littératures contemporaines (américaine, française, québécoise). Dans Figures, Lectures, l'auteur aborde la question des figures, s'intéressant à ce qui les définit et à leur contexte d'émergence. Le second essai, La ligne brisée, traite du labyrinthe comme figure qui permet de penser l'oubli et de représenter la désorientation et la violence qui lui sont indissociables. Le corpus, cette fois littéraire et cinématographe, va de Paul Auster à David Lynch.

1 décembre 2007

Extrêmement fort et incroyablement près, de Jonathan Safran Foer

Par Éric Giraud

 Le dernier roman de Jonathan Safran Foer se situe à New York et entretient un lien « extrêmement fort » avec les événements du 11 septembre 2001, car ils sont à l’origine de la mort du père du jeune narrateur de ce livre, de la dispersion et la dissémination de son corps, et du deuil problématique qui s'en suit. Ce livre choisit la pluralité : pluralité narrative, car il propose une triple narration homodiégétique qui demande au lecteur de découvrir certaines identités narratives tout en assemblant les pièces du puzzle diégétique à l’instar du jeune Oskar Schell, personnage principal; pluralité historique, car tout en en accordant aux événements du 11 septembre 2001 une place prépondérante, l’auteur a su les replacer dans une perspective historique plus large, et en contrebalancer la place réelle et symbolique par un retour/détour sur les bombardements de Dresde (et d’Hiroshima).

Interview avec Deborah Solomon, The New York Times, 27 février 2005

Site officiel de l’auteur : http://www.theprojectmuseum.com/

Pour voir le compte rendu: http://lmp.uqam.ca/compte-rendu/146

13 septembre 2010

Palindromes

Par Bertrand Gervais

Palindromes, le film de Todd Solondz de 2005, offre une version inédite de l’utilisation des attentats du 11 septembre 2001 au cinéma : celle d’une destinée toute faite, prête à être utilisée. Un tel usage renforce la signification des attentats comme mythe d’origine.  

1 décembre 2007

Here is New York: A Democracy of Photographs

Par Annie Dulong

Le projet de Here is New York, né au lendemain des attentats, témoigne du besoin d'images ressenti par les Américains mais également plus largement par les Occidentaux à la suite des attentats. Les instigateurs du projet ont recueili, numérisé, imprimé et affiché quelques 5000 photographies des attentats contre le World Trade Center, photographies issues, sans distinction, de photographes amateurs et de photo-journalistes. Le livre regroupe environ 1000 de ces photos et il est impossible de le séparer du projet initial. Qu'il y ait eu dès les premiers instants des événements ce recours à la photographie parce qu'il ne fallait pas ne pas prendre cette photographie, ne pas témoigner de ce qui était vu et donc du rôle (même mineur, en tant que témoin) joué par le photographe, s'inscrit dans une pensée sensationnaliste de l'événement et du témoignage qui a pour effet de magnifier à la fois l'effet traumatique de la destruction et sa "beauté" esthétique.

Here is New York est un ouvrage essentiel pour la compréhension du processus de mythification parce qu'il permet, au fil du livre, de noter l'essor du processus de mythification et ses phases: des photographies marquant l'incrédulité, l'impuissance et la tristesse, on passe à des photographies témoignant de la colère (appel à la vengeance, menace à Ben Laden, etc.) puis à des photographies dont l'objet est clairement une héroïsation des secouristes. Cette dernière catégorie de photographies semble politique, voire même dans une logique de guerre: une façon de dire à l'ennemi qu'il n'a pas réussi. Si le thème central de l'ouvrage est peut-être le témoignage, il n'en reste pas moins qu'il y a dans certaines images un calcul froid: les photographies de gens "posant" devant les tours en feu détonnent à côté des photographies prises sur le vif, à la manière du photo-journalisme.

Pour voir le compte rendu: http://lmp.uqam.ca/compte-rendu/380

1 décembre 2007

Direct, de Patrick Bouvet

Par Éric Giraud

Direct est le troisième livre d’un tryptique (In Situ (1999), Shot (2000)) portant sur le rapport à l’image et sur le traitement de l’information par les médias. Le texte part des flash infos diffusés à la télévision lors des attentats du 11 septembre 2001 à New York. Il consiste en un montage de prélèvements des énoncés journalistiques et des témoignages diffusés ce jour-là à la télévision, « remixés » et peu à peu recomposés par un travail de détournement d’auteur.

Le livre est composé de trois parties se différenciant par leur mise en page. La première partie porte principalement sur les avions percutant les tours prend la forme d’énoncés découpés comme des vers, d’abord centrés en bas de page, puis justifiés en haut et à gauche de la page. La deuxième partie dissémine sur la page des témoignages d’individus ayant assisté à l’événement. La troisième partie reprend la justification en bas de page centrée de la première partie et les commentaires journalistiques sur les images de l’événement.

Pour voir le compte rendu: http://lmp.uqam.ca/compte-rendu/147

1 décembre 2007

Le Troisième Frère, de Nick McDonell

Par Patrick Tillard

 Les attentats de New York sont la partie émergée d'un monde en ruine. Désillusion, regard désabusé et cynique sur deux humanités distinctes, pauvre et riche, étourdissement social et tourbillons visuels dus aux drogues omniprésentes, le vécu apparaît insuffisant, la sensibilité et l’humanité ne suffisent plus : pour survivre, il faut toujours rester un Blanc aux valeurs antérieures à soi, chez qui un être invisible veille et renvoie à un monde ordonné ailleurs. Mais le pont se rapetisse sans cesse entre les deux mondes et le naufrage du personnage principal prend forme au fur et à mesure que le pont se réduit à un vide capable de confondre les deux sphères.

Le roman de McDonell participe sans doute d’un processus de mythification. L'auteur aborde et pénètre profondément une des symboliques ultimes (pour le moment) des attentats : la chronique de la dévastation en une seule phase gigantesque vibre dans le monde contemporain et lui est antérieure. Cette conviction anime le livre et historicise le propos de cette fiction en installant au cœur de l’histoire moderne la barbarie, non comme une chose exceptionnelle mais au contraire comme un fait social banalisé par des modèles de pensées et de vécus en congé d’eux-mêmes.

Pour voir le compte rendu: http://lmp.uqam.ca/compte-rendu/29

1 décembre 2007

Samedi, de Ian McEwan

Par Patrick Tillard

Fasciné par sa propre mutation, par un mystérieux morcellement du moi, par ses ambivalences mais aussi par ses convictions profondes, Ian MacEwan étudie en une investigation très fine ce qui apparaît consumé et ce qui subsiste de valeurs éthiques, de respect et d’humanité dans un cheminement personnel soudain en crise. Crise sociale, intelligibilité d’un réel qui bouge et change, conscience de ces transformations, sensation d’un monde perdu, d’un passage dangereux, d’un moment de transition et d’affrontement, crépuscule et déclin d’un système de valeurs et d’une certaine éthique, nostalgie sans illusions, toutes ces directions narratives apparaissent discutées, questionnées et retournées avec un art du récit exemplaire. À ce questionnement foisonnant, l’auteur ne répond pas toujours, ou parfois renvoie dos à dos des réponses contradictoires (notamment au sujet de l’envahissement l’Irak) d’où surgissent de nouvelles possibilités d’interprétation, une forme de pensée qui dénonce les manques et les facilités. Beau roman, un peu long, un peu lent, ambigu, avec une écriture subtile et raffinée et qui pose intelligemment de bonnes questions.

Pour voir le compte rendu: http://lmp.uqam.ca/compte-rendu/142

1 décembre 2007

Un désordre américain, Ken Kalfus

Par Annie Dulong

 Débutant le matin du 11 septembre dans un taxi newyorkais, Un désordre américain met en scène un homme et une femme dont le mariage, plus que de simplement se défaire, est en processus d’implosion. Marshall et Joyce, dont le divorce traîne depuis un bon moment, partagent le même appartement et la garde de leurs deux enfants et cette cohabitation transforme leur appartement en zone de guerre : coups bas, destruction, manipulation, tous les moyens semblent bons pour obliger l’autre à céder et à quitter l’appartement qu’aucun ne veut laisser à l’autre. Le 11 septembre, Joyce, à la dernière minute, ne prend pas le vol 93 de United Airlines. Marshall, quant à lui, est retardé par un flirt avec l’éducatrice de l’un de leurs deux enfants et n’est donc pas à son bureau du World Trade Center lorsque le premier avion frappe. Il est néanmoins sur les lieux et échappe à l’effondrement des tours. Au cours des mois qui suivent, alors que les États-Unis vivent l’occupation de New York par l’armée, l’empoisonnement du courrier à l’anthrax et la guerre en Irak, les deux personnages poursuivent d’une manière encore plus intensive leur lutte en vue du divorce sans parvenir véritablement à achever l’autre. Au terme du roman, les deux personnages, épuisés par cette lutte incessante, finissent par divorcer.

La motivation de Kalfus (donner une image plus humaine des personnes mortes dans les attentats) mérite à elle seule que l'on s'arrête au livre. Au lieu de consentir à cette mythification, voire à cette glorification, Kalfus opte pour l'inverse: ses personnages sont mesquins, vengeurs, et leur regard sur les événements qui les entourent sont soit désintéressés, soit opportunistes.

Pour voir le compte rendu: http://lmp.uqam.ca/compte-rendu/305

9 décembre 2007

Just Like The Movies

Par Jean-Philippe Gravel
Le cinéma hollywoodien aurait-il «rêvé», bien avant l'effondrement des tours, les attentats du 11 septembre? Film de montage, Just Like The Movies prend le pari de répondre par l'affirmative, colligeant les plans-chocs d'une cinquantaine d'œuvres de science-fiction et de films-catastrophe réalisés entre 1968 et 2001, de manière à reconstituer la séquence des attentats contre le World Trade Center telle que l'«usine à rêves» l'aurait déjà, virtuellement, «storyboardée». À la fois leçon de cinéma et attestation fulgurante du sentiment de «déjà-vu» éprouvé le jour des attentats, la démonstration semble confirmer l'observation de Slavoj Žižek selon laquelle, le matin du 11 septembre, «[ce n'est pas] la réalité [qui a] fait irruption dans l'image [;] c'est l'image qui a fait irruption dans notre réalité».