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Best-of (Coups de cœur), avec court résumé de l'œuvre.
1 décembre 2007

La Jubilation des hasards, de Christian Garcin

Par Patrick Tillard

 Partagé en deux parties, ce roman, après une improbable rencontre à Marseille et la révélation d’un secret quasi métaphysique, se continue à New York où Eugenio, le héros du roman, est censé effectué un reportage sur l’après-11 septembre. De rencontres professionnelles prévues à d’autres totalement hasardeuses qui finissent par se recouper, l’auteur explore un New York décadent, peuplé de ruines idéologiques, de personnages décalés, d’ombres felliniennes, une ville mouvante dont le décor évoque la Rome néronienne. Entre deux rencontres de témoins de l’attaque du 11 septembre, puis une visite obligée à Ground Zero, Eugenio livre ses réflexions sur le 11 septembre et l’exploitation commerciale qui en est faite. Son approche iconoclaste de l’événement, approche qui ne sombre ni dans le pathos ni dans la critique à tous crins, pose des questions plutôt qu’elle ne propose de réponses cuites et recuites. Le récit maintient toujours une certaine distance avec ses thèmes, comme si l’auteur «était absent au monde».

1 décembre 2007

Samedi, de Ian McEwan

Par Patrick Tillard

Fasciné par sa propre mutation, par un mystérieux morcellement du moi, par ses ambivalences mais aussi par ses convictions profondes, Ian MacEwan étudie en une investigation très fine ce qui apparaît consumé et ce qui subsiste de valeurs éthiques, de respect et d’humanité dans un cheminement personnel soudain en crise. Crise sociale, intelligibilité d’un réel qui bouge et change, conscience de ces transformations, sensation d’un monde perdu, d’un passage dangereux, d’un moment de transition et d’affrontement, crépuscule et déclin d’un système de valeurs et d’une certaine éthique, nostalgie sans illusions, toutes ces directions narratives apparaissent discutées, questionnées et retournées avec un art du récit exemplaire. À ce questionnement foisonnant, l’auteur ne répond pas toujours, ou parfois renvoie dos à dos des réponses contradictoires (notamment au sujet de l’envahissement l’Irak) d’où surgissent de nouvelles possibilités d’interprétation, une forme de pensée qui dénonce les manques et les facilités. Beau roman, un peu long, un peu lent, ambigu, avec une écriture subtile et raffinée et qui pose intelligemment de bonnes questions.

Pour voir le compte rendu: http://lmp.uqam.ca/compte-rendu/142

1 décembre 2007

World Trade Angels, de Fabrice Colin et Laurent Cilluffo

Par Patrick Tillard

 Dans cette bande dessinée, le traitement de l’illustration, froid et quasi mécanique, donne paradoxalement à la perte de repères subie par son héros, Stanley Miller, une grande proximité émotive. Placé du côté de ceux qui ont perdu un ou plusieurs proches, ce récit permet d’approcher l’au-delà de la perte, de dessiner les dommages de ce qui s’est perdu à jamais le 11 septembre 2001 lorsqu’un être aimé disparaît.

Coincé dans le labyrinthe de souvenirs qui le déportent vers ceux qu’il a perdus, Stanley, de dérivation en dérivation, perd son travail, perd son appartement, puis se clochardise. Le traumatisme est impossible à dépasser. Il lui faut devenir ange lui-même afin de rejoindre le passé et ceux qui l’habiteront toujours. Devant le pont de Brooklyn, les abscisses se mêlent, s’enchevêtrent jusqu’à tracer une ligne d’horizon. C’est sur cette ligne que Stanley Middle pose ses pas, court, côtoie l’abîme.

Pour voir le compte rendu: http://lmp.uqam.ca/compte-rendu/143

1 décembre 2007

Extrêmement fort et incroyablement près, de Jonathan Safran Foer

Par Éric Giraud

 Le dernier roman de Jonathan Safran Foer se situe à New York et entretient un lien « extrêmement fort » avec les événements du 11 septembre 2001, car ils sont à l’origine de la mort du père du jeune narrateur de ce livre, de la dispersion et la dissémination de son corps, et du deuil problématique qui s'en suit. Ce livre choisit la pluralité : pluralité narrative, car il propose une triple narration homodiégétique qui demande au lecteur de découvrir certaines identités narratives tout en assemblant les pièces du puzzle diégétique à l’instar du jeune Oskar Schell, personnage principal; pluralité historique, car tout en en accordant aux événements du 11 septembre 2001 une place prépondérante, l’auteur a su les replacer dans une perspective historique plus large, et en contrebalancer la place réelle et symbolique par un retour/détour sur les bombardements de Dresde (et d’Hiroshima).

Interview avec Deborah Solomon, The New York Times, 27 février 2005

Site officiel de l’auteur : http://www.theprojectmuseum.com/

Pour voir le compte rendu: http://lmp.uqam.ca/compte-rendu/146

1 décembre 2007

« Les mutants », Joyce Carol Oates

Par Patrick Tillard

Dans cette nouvelle du recueil Vous ne me connaissez pas, Oates met en scène un personnage féminin confronté aux conséquences des attentats de septembre 2001 sur le bas Manhattan. Après le départ de son fiancé, elle part faire une course lorsqu’elle aperçoit un avion de ligne qui vole anormalement bas, avant d’entendre une explosion gigantesque. Paniquée elle court vers son appartement comme vers un refuge où elle pourrait être protégée, en sécurité.

Mais c’est au contraire dans ce sanctuaire qui va devenir un antre à la sécurité douteuse que cette belle jeune femme va être obligée de réapprendre à survivre, totalement seule, assaillie par un épais nuage de poussière et de cendres, en découvrant ce que peut être une solitude totale. Téléphone muet, radio silencieuse, électricité absente, elle oscille entre un retour à l’animalité et les gestes que lui dicte son instinct de survie. Sans rien savoir de ce qui s’était réellement passé, imaginant une attaque brutale, puis une guerre chimique ou un incendie, ou pire encore l’enfer répandu sur la terre, la ville de New York rasée, brûlée, elle se transforme peu à peu pendant les quelques heures que vont durer son enfermement dans son appartement. Elle sait qu’elle se transforme en autre chose que cette jeune femme sereine et innocente du matin même. Quelqu’un est en train de naître d’apparaître « une mutante préparée à survivre ».

Pour voir le compte rendu: http://lmp.uqam.ca/compte-rendu/137

1 décembre 2007

Le Troisième Frère, de Nick McDonell

Par Patrick Tillard

 Les attentats de New York sont la partie émergée d'un monde en ruine. Désillusion, regard désabusé et cynique sur deux humanités distinctes, pauvre et riche, étourdissement social et tourbillons visuels dus aux drogues omniprésentes, le vécu apparaît insuffisant, la sensibilité et l’humanité ne suffisent plus : pour survivre, il faut toujours rester un Blanc aux valeurs antérieures à soi, chez qui un être invisible veille et renvoie à un monde ordonné ailleurs. Mais le pont se rapetisse sans cesse entre les deux mondes et le naufrage du personnage principal prend forme au fur et à mesure que le pont se réduit à un vide capable de confondre les deux sphères.

Le roman de McDonell participe sans doute d’un processus de mythification. L'auteur aborde et pénètre profondément une des symboliques ultimes (pour le moment) des attentats : la chronique de la dévastation en une seule phase gigantesque vibre dans le monde contemporain et lui est antérieure. Cette conviction anime le livre et historicise le propos de cette fiction en installant au cœur de l’histoire moderne la barbarie, non comme une chose exceptionnelle mais au contraire comme un fait social banalisé par des modèles de pensées et de vécus en congé d’eux-mêmes.

Pour voir le compte rendu: http://lmp.uqam.ca/compte-rendu/29

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