15 décembre 2010

Combler l’absence : le combat des écrivains américains pour dire le 11 septembre

Par Annie Dulong

Combler l’absence : le combat des écrivains américains pour dire le 11 septembre

Colloque Regards croisés sur le 11 septembre, Aix-en-Provence, octobre 2010 

Noemi Abe, Doctorante, Université Sapienza de Rome

Au lendemain du choc du 11 septembre, il fallait non seulement que les écrivains partagent leur vision des événements mais aussi ce qu’ils pensaient de l’impact historique et du contexte géopolitique des attentats. Il n’y avait rien d’étonnant dans le fait que la plupart des auteurs qui ressentaient le besoin de donner leur témoignage venaient de New York : ils étaient les témoins privilégiés, directement touchés par une attaque regardée et commentée dans le monde entier.

La réaction émotionnelle initiale laissa place à une autre plus lucide, un appel à la responsabilité de l’écrivain pour représenter un événement aussi troublant, illustré dans ces quelques mots devenus célèbres de Don Lillo dans son article intitulé « In the Ruins of the Future» : « The narrative ends in the rubble and it is left to us to create the counternarrative ».

Mon article s’attache à décrire ce changement d’optique entre les romans écrits juste après le 11 septembre et ceux écrits plus tard, tels que Netherland de Joseph O’Neill etThe Sorrows of an American, dans lesquels le 11 septembre n’est plus le thème central mais un simple cadre, une simple donnée de l’histoire, révélant ainsi une nouvelle stratégie narrative de la part des écrivains.

Littéralement comme métaphoriquement, il semble que les romanciers aient consciemment mis une distance entre les événements historiques et les genres littéraires pour préserver leurs œuvres de toutes ces émotions et de toute cette subjectivité nées au lendemain du 11 septembre.

S’il est vrai que les romans traitant du 11 septembre, pris dans leur singularité, peuvent ne pas répondre entièrement aux ambitieuses attentes du lecteur, il n’en reste pas moins que l’analyse littérale de ce processus conduit à les considérer comme une tentative tout à fait valable de constituer une contre narration, s’opposant non seulement à la narration destructrice des terroristes mais aussi à la narration du salut par le nationalisme qui prévalait dans la sphère publique et politique.

 

 

Noemi Abe est en dernière année de doctorat en Littérature anglophone à l’Université Sapienza de Rome. Sa thèse questionne les romans du 11 septembre en tant que genre. Elle a travaillé pendant plusieurs années comme traductrice, avec un intérêt particulier pour le théâtre irlandais, britannique et américain.